SYNAPSE Développement
28 Mars 2000

Lire notre communiqué de presse à propos de "Anti-stress" et "Anti-Arab"

Communiqué de presse
à propos de l'émission "Nulle part ailleurs"

Dans "Nulle part ailleurs" l'ambitieuse émission de Canal+ en date de lundi 27 mars, Philippe Vandel fustige Synapse Développement pour avoir indiqué, dans son manuel de typographie qui accompagne le correcteur syntaxique Cordial et qui est disponible sur ce site, que l'habitude typographique était d'écrire Caudillo, Duce et Führer avec une majuscule lorsque ces titres s'appliquaient à Franco, Mussolini et Hitler.


"Ça pue" s'écrie le présentateur !... Et voici installé incontinent l'ignominieux soupçon !


Quoi ! Caudillo, Duce et Führer avec une majuscule ! Une telle remarque ne fait-elle pas de son auteur un franquiste, un mussolinien et un hitlérien ? Il se trouve que l'auteur du manuel de typographie en ligne pouvait singulièrement se sentir bouleversé par un tel soupçon. L'auteur c'est moi, Joaquin Cardona, 50 ans, émigré et fils d'anarchiste espagnol ayant eu la plupart des membres de ma famille emprisonnés, torturés ou exécutés par les sbires franquistes.


Petit mécanisme d'une insinuation répugnante


Une minute, quinze secondes a suffi. Philippe Vandel présente à l'écran le site de Synapse Développement, ouvre le manuel de typographie et va sur la page "fonctions et titres". Notez bien, "fonctions et titres". Il explique la règle : les noms de fonctions, charges, titres civils, administratifs ou religieux s'écrivent normalement sans majuscule :


le cardinal; le député; le doyen; l'empereur; le ministre (mais le Premier ministre); le chancelier; le directeur; le sénateur; le président de la République (on trouve parfois dans les textes officiels "le Président de la République"); le prince; le roi; le préfet; le recteur; le souverain pontife; etc.


Notez le "etc." il a son importance.


Il existe sur cette règle deux types d'exceptions. La première dit que lorsque dans un texte particulier, le titre prend la place du nom du personnage qui le portait et sert à désigner, sans confusion possible, le personnage historique, on peut alors l'écrire avec une majuscule. Cette première exception est illustrée par deux exemples.


l'Empereur = Napoléon Ier

le Cardinal = Richelieu

etc.


Notez, à nouveau, le "etc.".


Les deux "etc." signifient clairement qu'il s'agit d'exemples que la liste n'est pas close.


La seconde exception concerne certains titres qui, ne s'appliquant qu'à un seul individu, sont assimilables à des noms propres et s'écrivent habituellement avec une majuscule. Suivent trois cas.

le Führer

le Duce

le Caudillo.


Trois cas terminés par un point. Pas par un "etc.". Il ne s'agit pas d'exemples mais d'une liste close.


Que fait alors Philippe Vandel. Il s'effarouche : Trois exemples seulement, s'écrit-il, mais quels exemples. Et de citer : le Führer, le Duce, le Caudillo, et la caméra de zoomer pour afficher ces trois mots en plein écran. Que des fachos ! entend-on... Oh, là, là... ça pue ça ! s'exclame-t-on. "C'est dur d'enchaîner avec ça !", "Faites attention avec qui vous vous associez !". Terrible conclusion. Et voilà, le tour est joué. Une minute quinze secondes... c'est effarant.


Qu'est-ce qui est sous-entendu ? Que j'aurais, parmi tant d'autres exemples possibles, choisi délibérément ces trois-là, particulièrement nauséeux. Un tel choix ne pouvant que dénoncer les convictions de l'auteur et, au-delà, bel amalgame... l'idéologie de Synapse développement.


Cette liste provient du Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie Nationale. L'Imprimerie Nationale ne cite pas des dizaines d'exemples, mais ces trois cas en y ajoutant "le Régent". La majuscule sur régent, lorsque le titre s'applique à Philippe d'Orléans, est effectivement conseillée mais l'usage est loin de suivre cette recommandation. Saint-Simon, Voltaire, Sainte-Beuve et de nombreux historiens à leur suite écrivent le régent avec une minuscule. Voir les quelques exemples in fine.


Il ressortait également de tout cet émoi spectaculaire l'impression que les trois cas cités ne méritaient pas la majuscule, que c'était d'une certaine manière leur faire trop d'honneur. C'est risible !


On écrira "un caudillo de village" (avec une minuscule) pour le chefaillon local, mais le Caudillo (avec une majuscule) pour la bête immonde. La typographie, ici, remarque le mécanisme fondamental de tout fascisme : la fonction de pouvoir est capturée au profit d'un seul. Il y a des ducs, mais, lorsque le fascisme s'installe, un seul Duce ; des chefs, mais, dans l'Allemagne nazie, un seul Führer. La majuscule est comme le signe indicatif que ça va mal. Qui pourrait s'en effarer ? Qui ?


Ce "trois exemples" je l'ai encore en travers de la gorge. En même temps, il m'a permis de me pencher un peu plus sur la question. J'ai trouvé un cas similaire, un cas que l'Imprimerie Nationale "a oublié" c'est "le Maréchal". Remarquez comme le mécanisme de captation de la fonction est encore identique.


Joaquin Cardona


Exemples sur régent


Le régent me dit qu'il formerait un comité (car on ne parlait plus qu'à l'anglaise) de quelques-uns du conseil de régence.

SAINT-SIMON, Mémoires, 466, 116, in LITTRÉ (cité par Robert).


Le régent demanda l'avis à Besons, qui barbouilla et qui proposa une cote mal taillée.

SAINT-SIMON, Mémoires, 426, 152, in LITTRÉ (cité par Robert).


(le duc d'Orléans) ne s'opposa point à l'habitude que le Parlement avait prise de l'appeler toujours Monsieur, comme un conseiller, et de lui écrire Monsieur, tandis qu'il écrivait au chancelier Monseigneur, et tandis que tous les corps de la noblesse des États provinciaux donnaient le titre de Monseigneur au régent.

VOLTAIRE, Hist. du Parlement de Paris, LIX. (Cité par Robert).


Quelque mépris que le régent eût pour les forfanteries du maréchal, il en était quelquefois piqué (...)

DUCLOS, Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV, OE., t. VI, p. 142, in LITTRÉ. (cité par Robert).


Sa jeunesse, en pleine Régence, est tumultueuse : "elle fut la maîtresse du régent et de bien d'autres" (Sainte-Beuve).

Article de l'Universalis "Deffand Marie marquise du".


Il enseigna ainsi la géographie au jeune Choiseul, puis devint sous-précepteur du duc de Chartres qui deviendra Philippe d'Orléans, régent de France.

Article de l'Universalis "Dubois Guillaume".


Les grandes œuvres d'Antoine Coypel représentent en France l'équivalent des plafonds romains de Baciccia. Le décor de la galerie d'Énée, peint pour le futur régent à partir de 1702, se trouve aujourd'hui détruit.

Article de l'Universalis "Coypel (Les)".


L'agitation se poursuivant, le régent, d'abord favorable aux jansénistes, doit remettre en vigueur, en 1722, le formulaire tombé en désuétude.

Article de l'Universalis "Jansénisme".


ORLÉANS PHILIPPE duc d'Orléans (1674-1723) régent de France (1715-1723).

Titre d'article dans l'Universalis.


Le régent est Philippe d'Orléans (1674-1723). Pour la troisième fois, comme après la mort d'Henri IV et celle de Louis XIII, le Parlement de Paris est appelé à casser le testament d'un souverain pour attribuer la régence sans aucune limitation de pouvoir au plus proche parent du nouveau roi.

Article de l'Universalis "Bourbons".


Les exemples suivants qui font suivre le titre par le nom du personnage montrent bien que la fonction n'est pas si aisément attribuée. On pouvait écrire "le Régent" en sachant que tout le monde comprendrait ou Le régent Philippe d'Orléans (on ne dirait jamais "le führer Hitler"). C'est pourtant cette solution qui est souvent adoptée pour "régent".


L'année suivante voit la proclamation de la majorité royale (et, quelques mois après, la mort du régent Philippe d'Orléans). Louis-Henri de Bourbon-Condé, dit Monsieur le Duc, prend la tête du gouvernement et, très vite, s'inquiète de la santé du roi.

Article de l'Universalis "Louis XV".


Régime établi pendant la minorité de Louis XV (1715-1723) et dans une période de réaction contre le Grand Siècle, le Conseil de régence est dominé par trois hommes : le régent Philippe d'Orléans, le banquier Law et l'abbé Guillaume Dubois.

Article de l'Universalis "Régence".


Le régent Philippe d'Orléans, confronté à pareille conjoncture, songea à convoquer les états généraux; il en fut dissuadé par Saint-Simon qui lui représenta les dangers qui pouvaient découler "de l'esprit zélateur des assemblées".

Article de L'Universalis "Law (J)".


Il encourage le régent Philippe d'Orléans à casser le testament de Louis XIV.

Article de l'Universalis "Noailles (A. M. duc de)".


Quand l'Europe est pacifiée par les traités d'Utrecht et de Passarowitz, il offre ses services à la France (1720); le régent Philippe d'Orléans l'accepte pour maréchal de camp.

Article de l'Universalis "Saxe, maréchal de".


On pourrait multiplier les exemples. On pourrait trouver des exemples avec majuscule de la régence du Prince-de-Galles, futur Georges IV. On pourrait marquer la confusion qu'il peut y avoir entre "le Régent" pour Philippe, "le Régent" pour Georges, voire le célèbre diamant "le Régent".


On pourrait... mais, sincèrement, il y a tellement d'autres choses à faire !


Accueil | Produits | Support | Téléchargement | Français

© 2000 Synapse Développement - Tous droits réservés All rights reserved
Dernière mise à jour le Last updated:
Webmestre: synapse@synapse-fr.com
Design by RG Consulting